Wednesday, March 08, 2006

Staline et la nostalgie

C'est formidable, la manière avec laquelle les Français peuvent transformer un article dit culturel en l'autre complètement politique avec un accent social: il n'y a que lire l'edito suivant par Jean-François Guelain entitulé C’était le bon temps! au Courrier de Russie sur l'année Chostakovitch et les sentiments indulgents vers Staline.
L’année 2006 coïncide avec le centenaire de la naissance du compositeur russe Dimitri Chostakovitch. C’est donc tout naturellement que 2006 a été décrétée « année Chostakovitch » en Russie.

Patriote, il composa sa septième symphonie en l’honneur de sa ville natale résistant à un blocus de 1000 jours par les troupes de la Wehrmacht. Pourtant, c’est pour une œuvre moins connue et sans contenu patriotique affiché, le Quintet avec piano, qu’il avait obtenu en 1940 le prix Staline. En 1948, la censure du ministre de la Culture, Jdanov s’abat sur lui comme sur son contemporain Prokofiev et tous deux sont accusés de « formalisme », une bien vilaine chose, dont on s’étonne pourtant qu’elle ait irrité quelqu’un comme Jdanov. Cinq ans plus tard Prokofiev meurt un 5 mars, le même jour que Iossif Vissarionovitch Djougachvili, le séminariste géorgien devenu le sanglant Staline. Pendant la période brejnévienne, pour évoquer l’époque postérieure à la mort de Staline, on disait souvent « après la mort de Prokofiev ». Aujourd’hui la société civile se divise surtout autour du décès du dictateur. Notez que Staline est mort en 1953, soit il y a exactement 53 ans et que les instituts de sondages ont profité de l’occasion pour interroger la population sur l’image qu’elle gardait du dictateur auquel on attribue au moins 11 millions de victimes. Pourtant, selon les études d’opinion réalisées ces derniers jours, l’image de Staline, après avoir été perçue négativement en Russie dans les années 90, est aujourd’hui considérée comme globalement positive. Plus inquiétant : même si les adorateurs du dictateur à moustache en croc se recrutent principalement parmi les générations les plus âgées, ils sont de plus en plus nombreux chez les jeunes. Parmi la population des 18-35 ans, 39% pensent qu’il a joué un rôle positif, alors que seulement 30% des répondants pensent le contraire. En général, il est porté au crédit de Staline d’avoir fait de l’Union soviétique une superpuissance « crainte et respectée ». Cela signifierait donc que la Russie d’aujourd’hui ne l’est pas et que la population vit dans cette nostalgie. Cela veut également dire que, à deux ans des prochaines échéances électorales, tout programme démagogique promettant le rétablissement de la puissance impériale a toutes les chances de trouver un écho favorable auprès d’une majorité d’électeurs. Dans ce contexte, les projets délirants de Boris Berezovski sont particulièrement dérisoires.